200930 La vraie fausse histoire du Smgp

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Mercredi 30 septembre 2020

Cartes IGN n°2314 OT, 2214 ET, 2313 OT, 2413 OT, 2414 ET, 2415 OT, 2315, OT.

Hier soir, j’ai eu du mal à retrouver cette capture d’écran au fond de mon disque dur. C’est l’instantané de nos hypothèses de tracé enregistré le 9 décembre 2018. Parce que « Le Sentier du Grand Paris, un guide de randonnée à travers la plus grande métropole d’europe » est lancé officiellement demain soir en grande pompe au Pavillon de l’Arsenal. En fait ça fait presque deux ans que je voulais écrire un billet à partir de cette image. Il doit y avoir une logique là dedans. Les choses mettent du temps à se faire et je n’ai pas attendu Damasio pour devenir furtif, ou bien l’élaboration du sentier m’a privé du temps d’écrire ? En tout cas j’ai multiplié les kilomètres parcourus à pieds au point d’arriver avec mes collègues à une certaine expérience et perception du grand machin, de ce léviathan représenté ci-dessus, cette sorte de très grande ville que la plus part refusent toujours de regarder. Et c’est peut-être ce refus qui est à l’origine à la fois de « banlieuedeparis » et du projet des Sentiers Metropolitains. Regarder ces grands phénomènes monstrueux droit dans les yeux au risque de rester pétrifié face à la Gorgone ?

Cela commence donc fin 2016, dans un bistrot du quartier des Halles, hyper-centre du grand machin. Probablement parce que à ce moment là, Baptiste, Paul Hervé et Alexandre, se rendent compte qu’ils ne pourront pas mettre en œuvre une telle histoire tous seuls, surtout qu’ils ne sont pas parisiens, ils ont appelés Jens et son association à la rescousse, et Jens qui avait déjà l’idée de créé un sentier à Paris m’a appelé ou plutôt je l’ai appelé exactement au moment où ils étaient dans le bistrot. Allé savoir.. Cela reste très mystérieux. Mais tout de même, je devais leur foutre un max la pétoche aux garçons du sud, parce que ça faisait trois ans qu’ils me snobaient, j’avais tenté de les rejoindre en vains pendant la Révolution de Paris, en 2014, mais non, ils faisaient ça en duo, juste dans la foulé du GR2013. Ils devaient avoir de bonnes raisons de me tenir à distance les loustics. Faut dire que leur petit tour en première couronne, était carrément pas à l’échelle mais bon, c’est une bonne première découverte et puis beaucoup trop d’églises et de centralités pour moi dans ce voyage. Et moi pendant se temps là, un peu comme Jens, je fomentais l’idée de créer un Sentier Metropolitain qui suivrait le chantier du Grand Paris Express, et oui pour de vrais, en commençant par la ligne 15 sud évidemment. J’ai même organisé quelques repérages publics avant de stupidement expliquer ce projet à un certain Patrick.

Juste après la réunion des Halles, Paul-Hervé nous présente son principe du Trilobe mais qui n’est pas encore dessiné, c’est l’objet d’une autre réunion, sur table à Ivry. C’est l’occasion pour moi de me lancer dans un petit exercice simple qui consiste à comparer la Michelin n°101 et n°106 (ce sera j’espère l’objet d’un autre livre à paraître chez Wildproject). Je convaincs assez vite notre petit groupe qu’on ne peut pas éviter d’englober au moins les villes nouvelles et finalement on se lance collectivement avec un gros marqueur vert sur la Michelin n°106, ça donne à peu prêt la tête d’un Mickey Mouse qui aurait reçu un coup de matraque pendant une manif de gilets jaunes sur les champs élysées. Mais ce n’est que la première ébauche du tracé.

Début 2017, il y a le lancement mémorable aux grands Voisins, dans la salle de la blanchisserie archi comble. Puis les premières Caravanes qui sont au début conçues par Alexandre comme un projet culturel. Des artistes invités qui ne connaissent pas forcément la très grande ville dans son ensemble, ont pour mission de nous restituer leur propre mise en récits des territoires traversés (pluralités des récits etc.) lors des doubles journées de marche organisées plus ou moins toutes les 6 semaines. Évidemment, ça ne marche pas du tout comme prévu. Les photographes sont à la traine derrière nous et n’ont rien à faire de notre histoire à nous !? Et je ne me sens pas l’âme d’un tour opérateur pour photographes nantis. Oups.. Nan je devrais par dire ça. En tout cas leurs images sont tellement belles que je n’arrive plus à sortir mon appareil photo, c’est malin..

Progressivement les caravanes se transforment en véritables ateliers de repérages, elles s’espacent mais font l’objet d’une préparation de plus en plus précise et méthodique, avec des intervenants, un chronométrage. Ce vaste processus de repérage, va donner lieu à des pré-repérages, des pré-pré-repérages voir des post-repérages, là je parle pour moi, et de ma façon de tricoter une sorte de maillage à grande échelle d’exploration du système urbain, mais pas que pour moi. En tout cas, courant 2017, je vais passé de 30 kilomètres de marche par semaine à 60 kilomètres. Dans mon cas, la marche et le kml, le tracé sur GoogleEarth, le report sur les Ign au crayon, au stylo bille ou au marqueur cela va manger toute autre velléité de productivité mais probablement me sauver la vie ! Parcourir mes souvenirs, desceller les zones inconnues, repérer les lignes de désirs pour les futurs explorations. La pratique du marqueur sur carte Ign devient également une méthode de relaxation. Notamment, Je stabilote les limites communales en rouge gras, avec toujours cette phrase en tête « la ville nait de ses Marges », les frontières communales révèlent les véritables origines de la ville.

Ce doit être avec la peur du Leviathan, une autre raison de ne pas vouloir considérer le Très Grand Paris. La très grande ville contemporaine est un amalgame bien organisé, bien quadrillé, mais construit avec de la boue, des nomades et des pauvres, des exclus, des classes dangereuses, des trafiquants en tout genre, qu’il faut tenir loin du droit de cité, loin de la représentation, rendre invisible, effacer. La métropole peut-elle se représenter elle même alors, autrement que comme l’énorme cancer qu’elle est effectivement. L’image ci-dessous le démontre comme le film de Boris sur Varsovie, notre pratique de la cartographie et de l’image aérienne qui accompagne nos pas est dans un parfait parallélisme avec la lecture des imageries médicales qui accompagne les chirurgiens dans leurs gestes. Il faut apprendre à zoomer et de-zoomer sans cesse pour analyser les moindres interstices urbains proliférants au sein de ce système organique du très grand Paris, là où la suburbia n’a pas encore vraiment triomphé. L’exercice peut-il être complètement salvateur ?

Lors de la caravane 17, c’est le clash avec Paul-Hervé quant il veut tourner à droite et moi à gauche. J’ai préparé une Caravane, lui un rendez vous de l’École de la Marche avec nos collègues européens qui ne comprendront surement rien à notre projet de Sentier du Grand Paris, tant pis. Pourtant rue de Liège il y avait Dionysos qui nous attendait, la porte grande ouverte, peu importe. C’est le retour du projet culturel ? Mais l’important n’est pas là, l’important est d’établir cette nouvelle circulation, qui porte en elle ces trois années de marches, qui articule quelque chose, un peu comme une grande phrase de Proust. Il faut prendre sa respiration de temps en temps, c’est un peu sportif, mais pas forcément trop. Le clash passé, Paul-Hervé se met à écrire, tout seul pendant l’hiver dans son coin, pendant que moi je passe sur le billard, Baptiste me tiens pour mort. Au Plessis-Robinson, juste en-dessous de la grande terrasse du CEA de Fontenay qui offre une vue formidable sur la ville quantique, les chirurgiens me découpent en deux puis me recollent à la glue, et ça à l’air de marcher impeccable leur truc, au printemps le covid se pointe. Voilà enfin une bonne nouvelle, un événement capable d’arrêter le trafic aérien (bravo !), remettre en cause notre petit train train absurde et polluant, s’attaquer en priorité aux sur-actifs (ceux qui polluent le plus en produisant trop), je complète la trame, je reprends la circulation en écrivant comme si j’avais déjà fait plusieurs fois le tours du trilobe, et Paul-Hervé reprends à son tour la circulation (il travail énormément), Baptiste remouline tout ça (il travail trop, c’est sûre et certain), Jens finis par participer de façon constructive (il est comme moi très fort pour les zigzag, les chaussettes, la dérive en Rer loin du but, mais ne l’assume pas encore), et Noémie arrive à nous tempérer un peu pour qu’on évite de s’écharper. Il en ressort finalement une bonne musique. Et on essaie de se souvenir de toute les histoires que nous nous sommes racontés. J’ai jamais été fait pour la synthèse, mais grâce au collectif, et bien je m’en approche !?

Bon, mais en fait ce n’est que le début, maintenant, faut emmener du monde marcher, enfin se mettre à produire un petit peu, baliser l’itinéraire, imprimer des posters, et vendre des tote bags, oui pourquoi pas, encore un tour de trilobe, j’ai envie d’encore plus marcher, d’encore plus écrire, d’encore plus parler, ouille ouille ouille !!

180215 Un an après !

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Samedi 13 janvier 2018 – Sceaux, Le Plessis-Robinson, Fontenay-aux Roses, Clamart, Vélizy-Villacoublay, Chaville, Viroflay

Cartes IGN n°2314 OT.

Le « Stardust » c’est un café tabac à gauche du Monoprix juste au dessus de la gare de Robinson, c’est donc situé à l’extrémité nord-ouest de Sceaux, et plutôt que café tabac, sur le store bleu marine du bistrot, il est écrit « Restaurant Franco/ Américain ». Il est 11H30 et j’ai seulement quinze minutes pour écrire comment je suis arrivé là avant que Jens n’arrive à son tour pour notre premier repérage « Smgp » de l’année,… C’est aussi ma première promenade 2018 après une longue coupure « famille » avec mon père de plus en plus malade depuis mi décembre. Et ma difficulté à me réveiller ce matin, fatigue accumulée, fatigue psychologique, manque de sommeil, etc. Bus 172 jusqu’à Bourg-la-Reine puis ce bon vieux Rer B.

Il fait gris comme un 13 janvier, la banlieue est moche, les gens aussi aujourd’hui et notamment ceux que je croise en gare de Bourg-la-Reine à part un randonneur que je photographie de dos, en face d’un grand poster décoloré du C.A.U.E. retraçant l’histoire du lotissement des castors de la Bièvres. Qu’est-ce qu’on fout à trainer dans un monde aussi invivable ? Tout ça me semble totalement vide de sens !

Mais en arrivant ici, la bâtisse du Monoprix ou bien tout à l’heure les balcons en arrières des immeubles qui bordent la gare de Bourg-la-Reine, le paysage sur Les Blagis depuis la fenêtre du train, puis tout près d’ici, les arbres sur le talus de la voie ferrée, comme déjà une promesse de forêt, puis surtout ce bistrot tout gris de l’extérieur, mais avec à l’intérieur, une déco vintage rock’roll et une patronne d’époque qui rivalise avec la sculpture grandeur nature d’une serveuse US toute blonde, grande et pulpeuse en mini jupe, les fauteuils gris et rouge, les tables en formica, les canapés verts. Est-ce que cela a à voir avec de la résilience ? Est-ce que le « Smgp » ou banlieuedeparis parlent de ça, c’est à dire comment on ressent les lieux que nous traversons, ou bien est-ce que je dois vraiment me mettre à écrire plus régulièrement pour sauver le « Smgp » du marasme culturel ! Le « Smgp » (Sentier Métropolitain du Grand Paris) va t-il sombrer dans la vanité et la totale vacuité d’un énième projet culturel ? Va-t-il reconduire les discours stéréotypés sur la banlieue ? Il faudrait plutôt faire le récit de ces moments évanescents où tout semble perdu, insupportablement plombé, et ou un visage, un paysage, un immeuble, une herbe, une trace sur le sol, transfigure soudain la banlieue, la rend habitable, en assure l’aménagement véritable de cet espace invivable. Cela procède alors plus de l’agriculture urbaine que de cette arnaque culturelle d’un monde fermé sur lui même, fonctionnant en vase clos, et qui n’a rien à dire sur le réel.

Surtout il faut faire exister les lieux encore et encore, en les nommant, en les décrivant, en les connectant entre-eux, et pas seulement quelques lieux emblématiques pour France Culture. C’est ça que personne ne veux faire, comme si personne ne vivait dans cette ville, comme si personne ne se la coltinait au quotidien. Car c’est surtout des Parisiens qui écrivent sur la banlieue, le problème viens peut-être en parti de là ? Et puis, on se penche sur la banlieue, cela ne peut donc pas être du vécu, c’est du pathos chrétien, avec toujours les même poncifs sur les pauvres des quartiers. Violence ordinaire du bon Abbé Pierre.

Depuis notre table de café, je montre à Jens, au loin, la terrasse de Fontenay et les bâtiments de la sureté nucléaire. On va mettre le cap dessus, allé découvrir la haut, ce paysage anomique, ce bruit blanc du grand sud Parisien. Un point de vue très remarquable que nos amis de l’IAU considéreront peut-être un jour à sa juste valeur. Il faut qu’ils se mettent à la physique quantique les garçons. Car cela nous en apprend bien plus sur la ville contemporaine que la terrasse de Saint-Germain ou l’escalier de la Pompe de Marly. Il en va a peu près comme du récit des rêves aborigènes confrontés à la rhétorique des films hollywoodiens, ce ne sont pas les même structures narratives. Il y a donc un bel enjeux à faire passer le chemin ici sur cette terrasse d’où l’on à un panorama parfait sur le profil de la butte chaumont de Champlan plein sud. Mais là encore il faut savoir se fabriquer une paire de lunettes adaptées.

À Jules Lenormand, tout en haut sur le montant d’une étagère, mon père avait décrit au crayon de papier, une façon d’aligner la grille de la fenêtre avec un repère de la cours de l’école pour déterminer la position d’un château d’eau qui allait être caché par une nouvelle construction. Il avait réalisé cette petite installation artistique inédite juste avant que des nouvelles toitures ne cachent ce paysage et ce point de repère essentiel. Paysage de paysan n’en déplaise à Monsieur de Montaigne, … un siècle après l’an mille, les conjurés après avoir bien arpenté les terres qu’il travaillaient, les avaient récupérées pour parties en mettant un couteau sous la gorge des aristos, et peut-être s’amusaient-ils déjà de la sorte, bien avant mon papa avec des points de repères !? Enfin de là à considérer mon père comme un conjuré, j’exagère un peu car il se prétend non violent, pas moi, mais il n’y a qu’un pas et sans doute un héritage, la revendication d’un paysage et d’une géographie. J’ai donc commencé à repasser toutes les limites communales au feutre rouge sur mes cartes Ign. C’est un travaille, mais cela rend visible une vraie structure du territoire, et puis ces frontières administratives que la metropolisation voudrait effacer pour installer sa petite dictature, coïncident aussi souvent avec de vraies périphéries, des endroits où il faut aller marcher.

On longe par le dessus les voies ferrées, avenue du Plessis, on laisse à droite le charmant bar restaurant « au métro », comme si l’ancienne ligne de Sceaux était un métro, c’est déjà tout un poème, ou bien l’amorce pour un polar de banlieue de Philippe Hauret ? Au carrefour avec la D75, 86 ngf, on monte tout droit l’avenue Raymond Croland, puis on rentre dans une petite cité rue Alexandre Fleming. Curieusement Jens, n’avait pas détecté le petit sentier des Renards, indiqué sur l’Ign, et qui permet de déboucher directement sur la rue Boris Vildé. Deux cents mètres plus à l’Est, le sentier des Richardes rejoint la route du Panorama à la côte 155.

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Sur le banc public devant les gros hangars en béton du centre de recherche du Commissariat à l’Énergie Atomique, quelqu’un à écrit le mot « Vise » avec de la peinture sur le dossier d’un jolie banc en béton lavé. Est-ce que finalement je laisse les images raconter le repérage d’elles mêmes tels des rebus. C’est bien ce que je fais d’habitude !? Et que vise notre projet de Sentier Métropolitain du Grand Paris ? Sinon peut-être de continuer l’œuvre des conjurés, et inventer une autre géographie, une autre distribution, aménager une autre étendue !? Ça fait peut-être un peu trop pour réussir à écrire un premier bouquin. Ça c’est chiant !

On devine dans le brouillard, la butte de Champlan (120 ngf). Jens me soutient mordicus, qu’elle est artificielle, je veux bien admettre qu’elle ait servie de décharge mais j’ai du mal à croire qu’elle le soit complètement,… Elle marque l’extrémité Sud-Ouest du plateau d’Orly-Longboyau (85/ 95 ngf) et encadrent avec le plateau de Saclay (150/ 160 ngf) une sorte de col par ou se faufile l’Autoroute A10 qui bifurque vers l’est après la butte pour rejoindre l’A6. Parce que l’A10 devait continuer plein nord pour longer les voies du Tgv ouest et rejoindre par ce passage les grands boulevards transformés en périphérique intérieur au niveau de la tour Montparnasse. On en aurait finis ainsi avec le petit Paris dont n’arrivent toujours pas à sortir les petits Parisiens apeurés et parmis lesquels certains se penchent parfois sur le grand Paris avec ignorance crasse et condescendance catho !

La réapparition dans mon imagination du village rue de Champlan, en coteau sud du plateau de Longboyau, me donne envie d’écrire un autre billet, cette fois sur le site internet de la grande Caravane, que nous délaissons, pour raconter cet écheveau de routes et d’autoroutes entre Champlan et Chilly Mazarin. D’autant que depuis décembre je passe là au moins une fois par semaine en voiture. L’hôtel Parthénon au milieu, avec sa façade de temple grec en carton patte face aux champs de betteraves survolés par les avions. Les iles de bétons chères à J.G. Ballard, mais dans leurs version Gonzo, recouvertes de sable fin, et que nous arpentions avec les Dianes chasseresses – pétroleuses de Picture Tank, lors de la quatrième caravane.

Bref, cette butte, artificielle ou pas, est un relief fondamental de l’Idf ! La silhouette couchée de la butte chaumont de Champlan depuis la terrasse de Fontenay est digne de la collection numériques de tétons d’architecture qui est le vraie ressort de certains de nos édiles. Elle délimite les vallées de la Bièvres qui tourne là à 90 degrés et celle de l’Yvette qui rejoins l’Orge pas très loin, il faudrait hissez là un gros ballon captif qui signale notre sentier, au moyens des quatres lettres fluorescentes de son acronyme « S.M.G.P. » écrites en énorme dessus, cela plairait à Paul, et égayerait peut-être un peu les environs glauques de la banlieue à la façon des visuels d’Archigram pour l’instant City.

Un peu plus loin on découvre dans une petite cité en coteau plein sud, un joli petit immeuble façon Jean Bossu avec une belle coursive au premier desservant des logements en duplex traversant par dessus un rez-de-chaussée de commerces. On discute avec un jeune papa en train de faire manger sa fille, sortis par curiosité sur son pas de porte. Ce tout nouveau propriétaire est ingénieur chez Laffarge, alors on parle donc du G.P.E. (Grand Paris Express), des millions de tonnes de terre qu’il va bien falloir mettre quelque part et de notre petit projet de Sentier Métropolitain, qui aurait bien besoin de quelques buttes artificielles supplémentaires pour observer tout ça. On échange les courriels pour qu’il nous envoie des information sur l’histoire de son bâtiment.

Après on file sur la cité jardin, via le parc Henri Sellier après avoir retraversé la D75, le petit quartier en coteau plein sud, sous la petite cité est vraiment très chouette, petits escaliers, petites maisons qui se tortilles pour suivre les courbes de niveau. Le Papa de tout à l’heure à bien choisi son coin. On pique-nique au milieu du théâtre de verdure du parc Henri Sellier puis en sortant du parc, on se retrouve tout au fond de la cité jardin, rue du capitaine Chalvidan, c’est complètement bobo, les enfants jouent au milieu de la raquette de retournement de cette rue en impasse, bordée de grandes maisons ateliers d’artistes que surplombent les énormes chênes du parc, on tombe sous le charme. C’est peut-être là qu’a grandi S. mon collègue d’école à l’Up6, à qui je dois peut-être ma réconciliation avec la banlieue ? Ce qu’il me disait de la cité jardin, m’a toujours fais réfléchir sur le sentiment de rejet de la banlieue que j’avais alors, au tout début des années 90.

On retraverse la D75. En face, ce qui sur ma carte Ign était un vaste espace blanc, ou plutôt un grand prés, un terrain de sport au cœur du dispositif de Henri Sellier, est aujourd’hui complètement rempli par une architecture façon playmobil que Jens appelle la « petite Venise » parce que le complexe est parcouru par une petite rivière artificielle. Un front bâti composite mais compacte, qui essaie de « faire ville », homogène dans sa pseudo diversité, borde tout le long la départementale. Mais ce n’est pas franchement accueillant, malgré les commerces qui sont tout juste des services dans la trajectoire résidentielle de petits bourgeois éphémères qui habitent comme des fantômes cette nouvelle cité dortoir. Des banques, des assurances, des boutiques de produits de beauté, des boutiques de chocolats, des bistrots à vin qui sente l’arnaque, des fleuristes, des caves à vins, un Carrefour City, un club de fitness, une cordonnerie à la façade quasi aveugle, un coiffeur, un pressing. On se faufile derrière ce décor par un petit passage se voulant urbain. Le quartier digne d’une attraction Disney est donc parcouru de petits passages, de petit ponts et par une petite rivière en circuit fermé alimentée par les eaux pluviales, un panneau nous informe sur le tarif des cartes de pêche. Avant de visiter l’imposant théâtre – complexe culturel municipal qui ressemble au temple principale d’une église de scientologie dans un pays fasciste d’un futur proche, ou bien à un fragment d’un centre commercial géant d’une planète artificielle, on croise deux types pas frais visiblement bien avinés, qui pêchent nous disent-ils de vrais poissons dans la pseudo rivière.

Ensuite, avenue de la Libération, extrémité de la grande barre spaghetti de plus de 200 mètres de la rue Auguste Rodin, de l’autre coté de la D2, avenue Paul Langevin, on traverse de part en part le complexe sportif du Plessis-Robinson, puis on rejoins la 906 par la rue de Versailles, qui n’a rien d’une voie royale. Pizza Mezza Luna, salle en location, parking et brasserie PMU avec, devant, attroupement du petit peuple grand Parisien, pavillons disparates, parfois une publicité 3*4 en guise de clôture, épannelage façon Mossoul, terrains vacants, stockage de matériel de voiries, bicoques façon Robert Doisneau, petit immeubles de bureau tout neuf et bien mis, au fond du paysage émerge coté droit de la rue l’ogive salvatrice en pierres de taille de l’église de la cité de la Plaine, coté gauche de la rue, je désigne à Jens, dans un fond de cours au dessus d’un bel ensemble de garage ripoux, les silhouettes écrasantes de deux énormes réservoirs en béton.

A l’entrée de la cité de la Plaine un panneau que je ne prends pas le temps de lire, explique l’histoire de la cité de 2000 logements et le parcours de Robert Auzelle. Ça c’est du lourd ! En effet les petits individuels groupés autour d’un petit près sont très bien dessinés, c’est déjà presque de l’architecture principe dans le coté catho-autoritaire, si bien que les poubelles de tri sélectifs qui n’ont pas été prévu par l’architecte installent une ambiance de tiers monde dans le paysage. Mais c’est beau ! On file voire la petite bibliothèque de Gérard Thurnauer, elle est complètement entourée d’une haute palissade de chantier blanche en tôle laquée, mais fonctionne, c’est comme si les usagers et les bibliothécaires avaient été emmurées vivants par la palissade, on se faufile encore une fois entre deux plaques de tôles éventrées, c’est l’accès de service à l’arrière, on visite, il y a un groupe d’enfant en train de préparer quelque chose. L’architecture est cryptique, alors normale ça pu les remontées d’égout. Mais c’est magnifique, la rénovation ne sera pas du luxe. Plus loin l’alignement des barres Hlm qui bordent le cimetières de Clamart, installent une ambiance légèrement moins sympathique. Mais sans doute, il ne peut pas y avoir de rédemption sans une bonne dose de souffrance. On file sur le grand ensemble de Pouillon, qui est comme une énorme claque. Une énorme leçon d’architecture, comparable aux abbayes Cisterciennes, à du Ledoux, ou à la vibration Corbuséenne, … Sans commentaires, ça ne peut pas être raconté, c’est épidermique, chorégraphique.

Passerelle sur la 118, et traversée au crépuscule de cette extrémité sud de la forêt de Meudon, pour rejoindre l’Ursine. Devant la gare de Chaville Vélizy, à La Rotonde, Jens avec son visage d’ange, fais copain copain avec la patronne. Après que celle-ci lui ait raconté en allemand sa vie au Brésil, il arrive quasiment à obtenir d’elle un rendez vous avec le grand Snark. Et le patron, pas trop rassuré, laisse faire. Il nous laisse même repartir presque sans histoire. Je suis médusé !

Mercredi 17 janvier 2018 – Montfermeil, Clichy-sous-Bois, Livry-gargan, Sevran

Cartes IGN n°2414 ET, 2413 OT.

Ce mercredi 17 janvier, je mets le cap sur un souvenir et quelques images enregistrées il y a pas mal d’années. Cela a d’ailleurs peut-être fait l’objet d’un billet ici dans dans l’ancienne version de banlieuedeparis, je ne sais plus, il faudrait que je regarde. Souvenir de l’aqueduc de la Dhuys enherbé entre la cité Romain Rolland coté Clichy et la cité des Bosquets coté Montfermeil, en lieu et place de la frontière administrative entre ces deux villes. Mais j’ai mauvaise mémo